Tuesday, February 19, 2008

Fidel Castro renonce à la présidence cubaine mais "ne fait pas ses adieux


LE MONDE 19.02.08 11h45 • Mis à jour le 19.02.08 11h45

Dirigeant historique de la révolution cubaine, Fidel Castro renonce, après des mois d'incertitude, à se représenter au poste de chef d'Etat. L'édition électronique de
Granma, le quotidien du Parti communiste cubain, reproduit, mardi 19 février, un "message du commandant en chef" qui annonce la nouvelle.



L'Assemblée nationale nouvellement élue doit tenir à La Havane sa première session, dimanche 24 février. A cette occasion, les députés doivent renouveler le Conseil d'Etat, le principal organe du pouvoir castriste. La question de savoir si Fidel Castro serait reconduit à sa présidence entretenait le suspense. Son message, daté de lundi à 17 h 30, ne laisse pas de place au doute. "Je n'aspirerai ni n'accepterai – je répète – je n'aspirerai ni n'accepterai la charge de président du Conseil d'Etat et de commandant en chef", écrit-il.


Le Lider Maximo commence par rappeler la longue convalescence qui a suivi l'intervention chirurgicale qu'il a subie fin juillet 2006. "Connaissant mon état de santé, beaucoup de gens à l'étranger pensaient que mon retrait provisoire de la charge de président du Conseil d'Etat, le 31 juillet 2006, que j'ai laissée entre les mains du premier vice-président, Raul Castro, serait définitif, admet-il. Raul lui-même – qui occupe en outre le poste de ministre des forces armées révolutionnaires par son mérite personnel – et les autres camarades de la direction du Parti et de l'Etat ont été réticents à me considérer écarté de mes charges, en dépit de mon état de santé précaire."


Fidel Castro avait ses propres réticences à faire un pas de côté. "Ma position était inconfortable face à un adversaire qui a fait tout ce qui était imaginable pour se défaire de moi, poursuit-il. Je n'avais aucune envie de lui donner satisfaction." Après avoir "récupéré la maîtrise totale de [sa] pensée", Fidel Castro a pu "lire et méditer beaucoup, obligé par le repos". "J'avais les forces physiques suffisantes pour écrire pendant de longues heures", précise-t-il. Ces "réflexions du commandant en chef" ont été reproduites en "une" de toute la presse cubaine, intégralement lues et commentées à la radio et à la télévision, rassemblées dans un recueil et introduites dans les programmes scolaires. Dans ces textes, le Lider Maximo n'a pas hésité à prendre position sur des questions d'actualité, à la fois sur les orientations de Cuba et sur des figures de la politique internationale, comme le président brésilien, Luiz Inacio Lula da Silva, ou le candidat républicain à la présidence des Etats-Unis, John McCain.


"Un élémentaire sens commun m'indiquait que cette activité était à ma portée", indique Fidel Castro. "Par ailleurs, j'ai toujours eu le souci, en parlant de ma santé, d'éviter des illusions qui auraient traumatisé notre peuple, engagé dans la bataille, en cas d'un dénouement adverse, poursuit-il. Préparer les Cubains à mon absence, psychologiquement et politiquement, était ma première obligation après tant d'années de lutte." Cela n'a pas empêché son entourage et ses visiteurs, comme le président vénézuélien Hugo Chavez ou le brésilien Lula, d'entretenir l'espoir d'un retour ou d'une permanence au pouvoir, avec des bulletins de santé invariablement elliptiques mais optimistes.


"Mon désir a toujours été de faire mon devoir jusqu'à mon dernier souffle", écrit le Lider Maximo. Cependant, "je trahirais ma conscience si j'occupais une responsabilité qui requiert mobilité et dévouement total, ce que je ne suis physiquement pas en condition de fournir. Je le dis sans dramatiser".


Le "commandant en chef" a pris sa décision la conscience tranquille, car l'avenir socialiste de Cuba lui semble assuré. "Heureusement, notre processus compte encore avec des cadres de la vieille garde, à côté d'autres qui étaient très jeunes lorsqu'a débuté la première étape de la Révolution, écrit-il. Ils disposent de l'autorité et de l'expérience pour assurer la relève. Notre processus compte également une génération intermédiaire qui a appris auprès de nous les éléments de l'art complexe et presque inaccessible d'organiser et de diriger une révolution." Cela n'empêche pas l'ancien élève des jésuites d'adresser quelques avertissements à ses compatriotes. "Le chemin sera toujours difficile et demandera l'effort intelligent de tous, souligne-t-il. Je me méfie des sentiers apparemment faciles de l'apologétique, ou de son contraire, l'auto-flagellation. Il faut se préparer toujours à la pire des variantes. Etre aussi prudents dans le succès que fermes dans l'adversité est un principe à ne pas oublier. L'adversaire à vaincre est extrêmement fort, mais nous sommes parvenus à le contenir pendant un demi-siècle".


Fidel Castro "ne fait pas ses adieux", il promet de rester vigilant, comme "un soldat des idées". Il continuera à écrire ses textes, "une arme supplémentaire de l'arsenal avec lequel on pourra compter". Ils seront désormais intitulés simplement "réflexions du camarade Fidel".


Paulo A. Paranagua

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